Les avocats d'une poignée de grands banquiers un brin gênés se félicitent d'un arrêt, rendu hier, par la cour d'appel de Bruxelles, "qui rend(rait) justice à la justice". De quoi s'agit-il ? De l'épilogue en queue de poisson d'une des plus grandes affaires de fraude fiscale qu'a eu à connaitre notre pays. Le dossier KB-Lux ne sera jamais jugé sur le fond, sauf pourvoi (peu probable) de l'Etat devant la cour de cassation. La cour d'appel de Bruxelles a estimé "irrecevables" les poursuites menées à l'encontre des banquiers qui auraient favorisé une fraude de quelque 400 millions d'euros. Qu'importent les mécanismes sophistiqués ayant facilité la fraude. Qu'importent les millions d'heures gaspillées par des agents du fisc, de modestes policiers ou de petits magistrats pour boutiquer un dossier emblématique à divers égards. De l'affaire KB-Lux, il ne subsistera rien. Si ce n'est frustration et incompréhension. La justice en sortirait grandie ? Comment peut-on laisser dire cela ? Il lui a fallu près de quinze ans (imagine-t-on : quinze ans !) pour se prononcer sur une enquête dont chacun connaît les tenants et les aboutissants depuis le début. N'aurait-elle jugé "déloyale" l'enquête du juge d'instruction JC Leys, qu'aurait-elle vraisemblablement conclu ? Que les faits étaient établis... mais que le "dépassement du délai raisonnable" devait être reconnu aux grands banquiers transis ? Face aux grands fraudeurs, défendus par les meilleurs avocats, choisis pour trouver "la" faille, il n'y a jamais qu'un seul perdant. L'Etat. C'est-à-dire vous et moi.
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