
Une femme de 38 ans, belle et courageuse, est morte la semaine passée. Laissant derrière elle deux petits enfants et une énorme vague d’émotion, au nord du pays. C’était une personnalité ultramédiatisée, fille d’un riche industriel anversois, qui avait raconté les détails intimes de sa lutte contre le cancer, jour après jour, dans des journaux populaires et sur un blog très lu. Une ex-Miss Flandre, figurant dans le top 10 des « Bekende Vlamingen » (Flamands Connus) contemporains. Ah oui, un détail : Marie-Rose Morel était - aussi - l’une des figures emblématiques de l'histoire récente du Vlaams Belang. Membre du carré magique de la formation d’extrême droite pendant une petite décennie, au même titre que Filip Dewinter, Gerolf Annemans et Franck Vanhecke, l'ex-président du VB, en compagnie duquel elle figurait sur toutes les affiches de campagne et qu'elle avait épousé il y a quelques mois. Marie-Rose Morel avait migré vers la droite extrême, xénophobe et populiste, en 2004, après avoir fait un petit bout de chemin auprès de Bart De Wever et de la N-VA, qu’elle jugeait trop peu... radicale. La semaine passée, les médias flamands ont annoncé son décès avec emphase et émotion. Comme s'ils avaient perdu leur princesse Diana. Ce lundi, ils ont diffusé en Une les images des funérailles, ainsi que les larmes de De Wever et Vanhecke. La presse francophone, elle, s’est abstenue voire étonnée de cet emballement pourtant prévisible. La RTBF a même choqué certains éditorialistes flamands, se "permettant" de rappeler que l’héroïne de la lutte anti-cancer était… une xénophobe pure et dure. Au Nord, d’aucuns perçoivent ceci comme une marque de dédain voire de mépris. « La polémique devient communautaire », titrait Le Soir, ce lundi matin. On ne peut nier qu’un fossé d’incompréhension s’est creusé entre les deux grandes Communautés du pays. D’un côté à l’autre de la frontière linguistique, on ne vibre pas pour le même type de jeux télévisés, on n’appréhende pas de la même manière les mêmes faits de société ; a fortiori, on n’a pas du tout la même grille d’analyse du blocage politique qui menace l’avenir du pays. Mais sur le fond, l’affaire « Morel » découle en réalité d’une conception totalement différente du « cordon sanitaire » tissé autour de l’extrême droite. Stricto sensu, la Flandre politique a respecté le cordon, imaginé il y a vingt ans : jamais, le Vlaams Blok devenu Vlaams Belang n’a été associé à la moindre coalition, ni au niveau régional, ni au niveau provincial, ni même dans aucune des 308 communes flamandes. Jamais ! C’est respectable. Et efficace : sans doute cette attitude a-t-elle permis le reflux d’un parti apparaissant inutile et improductif. Toutefois, l’esprit du cordon sanitaire s’est évaporé depuis belle lurette dans la plupart des grands médias flamands. Des ténors de l’extrême droite ont eu accès à des émissions de télé vaguement politiques, où il était surtout question de leur vie privée, de leurs passions, de leurs hobbies. Tel Morel, ils ont bénéficié d’interviews en pleines pages dans les journaux, sans recadrage suffisant par rapport à leur programme liberticide. Cette banalisation de l’extrême droite est devenue un fait majeur, tout comme s’est imposée comme une tendance de fond de la vie politique belge l’alignement des grands partis démocratiques flamands sur les thèses, les idées ou l’agenda de la formation la plus radicale du moment, sur le plan institutionnel et communautaire : le Vlaams Blok/Belang, il y a peu ; la N-VA aujourd’hui. D’où le "malentendu" : avec la jolie Marie-Rose, la Flandre fait mine de pleurer la disparition d’un visage connu, simplement, à ses yeux, nationaliste et populaire ; tandis que la Belgique francophone y voit avant tout la mort d’une icône de l’extrême droite. Une perception légèrement différente.
2 commentaires:
Le problème ne vient pas des opinions de Marie-Rose Morel, mais de l'information erronée du journaliste de la RTBF... information selon laquelle Marie-Rose Morel avait utilisé sa maladie pour faire de la propagande pour le VB (dernière phrase du commentaire...)
C'est CELA qui est visé...
La position "solidaire" des journalistes francophones qui consiste à "oublier" cette dernière phrase pour faire croire qu'il n'est pas possible de faire référence à l'extrème-droite est un raccourci...
Il semble que vous aussi soyez tombés dans le piège...
De mon point de vue, il ne s'agit pas d'une "information erronée" de la RTBF, mais bien d'un commentaire déplacé (d'un dérapage) à la fin d'une séquence factuelle. Un commentaire qui a crispé la plupart des médias et analystes flamands. Ceux-ci en ont tiré un prétexte pour accabler la RTBF... de manière exagérée, à mes yeux. La chaine publique francophone s'est du reste expliquée et a admis le manque de tact (la prétendue utilisation de la maladie pour faire de la propagande). Mais je trouve que l'essentiel n'est pas là. La question centrale : l'emballement médiatique de la plupart des journaux néerlandophones est-il compréhensible (voire admissible), vu le passé d'extrême droite de la BV Marie-Rose Morel ? Au Nord du pays, on n'aime pas trop ce type de critiques. On a du mal à reconnaître que le Vlaams Belang est une pure formation d'extrême droite. On préfère le cache sexe de la "droite radicale" ou "populiste". Pour Yves Leterme, MR Morel n'était pas une "extrémiste", si j'ai bien lu. Allons bon... MR Morel, sur le tard, est entrée en conflit avec des leaders du Belang. Mais elle n'a jamais pris ses distances ni par rapport au programme ni par rapport à l'idéologie xénophobe de ce parti.
Enregistrer un commentaire