Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage
Périclès

vendredi 8 avril 2011

Brutalités à ne pas banaliser

A propos de ce centre commercial qui devrait voir le jour au coeur de Verviers, je ne pense pas pouvoir être suspecté de complaisance à l'égard du promoteur en question. Vous vous souvenez peut-être du dossier que j'avais publié dans l'hebdo pour lequel je travaillais à l'époque. C'était en mars 2007. "Ils bradent nos villes". Il y était (surtout) question de ce promoteur, séducteur patenté et chouchou du pouvoir. Et de cette manière d'assaillir des "bourgmestres crédules et désargentés". A Mons, Charleroi ou... Verviers. Opacité, absence de mise en concurrence, confiscation du débat public. C'était une autre ère, oserais-je dire ? D'une part, les autorités locales négligeaient parfois de concevoir un projet de ville digne de ce nom, objet d'intenses concertations ; elles succombaient de manière un peu aveugle aux sirènes des promoteurs, sans cadrer leurs prétentions comme elles en ont pourtant les moyens. D'autre part, le pouvoir régional renonçait à utiliser sa petite marge de manoeuvre en termes de régulation, et de localisation des centres commerciaux, donc. Et ce, faute de se doter d'un outil stratégique de développement commercial, désormais à l'étude. Des promoteurs ont profité de ces failles. Et joui de positions dominantes.
Le projet verviétois en question est à cheval entre deux ères. Il ne recouvre plus la Vesdre. Il en est à sa cinquième épure. Il suscite encore de vives oppositions d'une partie de la population verviétoise, certes. Aucune analyse offre/demande n'est malheureusement disponible pour jauger la taille optimale du centre. Hier, le président du parti pour lequel je travaille est venu expliquer la décision de bout de course de son ministre de l'Aménagement du territoire, qui a choisi de rejeter les recours introduits contre le centre commercial et de confirmer le permis attribué par la ville (c'est bien de cela - et seulement de cela - dont il s'agit). Le dialogue avec les militants a failli ne pas avoir lieu. Des personnes qui n'étaient pas invitées à cette réunion interne à Ecolo ont vivement interpelé JM Javaux. Celui-ci s'est fait entarter, bousculer, injurier, brutaliser (le mot n'est pas trop fort). Ces scènes font réfléchir. Elles ne sont pas banales. Je n'ai pas le souvenir de leaders politiques ainsi traités à la suite d'une décision politique. Je n'étais pas sur place. Mais ces "tartes" me paraissent injustes. J'en perçois moi-aussi le goût amer.

10 commentaires:

charles a dit…

C'est marrant quand même: quand Léonard est entarté, tout le monde se marre. Quand c'est Javaux, on commence à s'inquiéter. Est-ce bien cohérent?

philippe engels a dit…

C'est le lien avec une décision politique compliquée qui me gêne. ça se respecte, pour moi, une prise de décision assumée et justifiée. ça se critique avec des mots, des arguments, aussi. Une petite tarte pour qqn qui décolle du plancher des vaches ou fait preuve d'arrogance, c'est autre chose, à mes yeux. Mais bon, ça n'engage que moi... Cela dit, je comprends ceux qui disent qu'il y a plus grave...
Quant à ceux qui ont balancé les tartes, les seaux d'eau et les oeufs, ils devraient aussi faire un petit effort pour relativiser le drame qu'ils pensent vivre (ah, le Nimby...): on parle de l'arrivée d'un centre commercial, pas d'une catastrophe sociale ou d'un accident industriel.

Anonyme a dit…

Je n'ai pas le souvenir de leaders politiques ainsi traités à la suite d'une décision politique.

Rapelles-toi les grandes manifestations étudiantes et les oeufs et pots de peinture qui volaient dans tous les sens entre autre sur des mandataires PS/PSC, rappelle toi Miet Smet entartée pour sa chasse aux chômeurs, Vandelanotte s'enfuir sous les oeufs d'une manifestation pour avoir commandité le meutre de Sémira Adamu.

Qu'est-ce donc que de l'eau, des oeufs et une tarte à la crème, face à l'ignominie d'un tel projet...

Tienot a dit…

http://www.ouri.be/fr/component/content/article/128-portfolio/4375-entartage-en-serie.html pas ma tasse de the

Philomène a dit…

L'entartage est un geste de mépris tout à fait indigne quand il s'adresse à quelqu'un dans sa démarche vers la dialogue .
Où va nous conduire cette perte des valeurs?
Mon pauvre monde ,il est temps que tu te réveilles !!!
Philomène

philippe engels a dit…

Tout à fait d'accord. Entarter durement qqn qui vient dialoguer, s'expliquer, c'est sinistre.

baptiste a dit…

les attentats pâtissiers de Godin visaient les "pompeux cornichons", ceux qui regardent de haut, ces prétentieux imbus donneurs de leçon qui ne voient pas qu'ils sont ridicule -ce que la crème fraîche démontre et leur rappelle de façon indiscutable-. Ici nous sommes dans une autre démarche qui dit simplement "je ne suis pas d'accord avec toi". Elle me paraît autrement plus violente et problématique. Et en fait... inacceptable.

Anonyme a dit…

C'est amusant de voir à quel point la communication d'Ecolo persiste à ne parler que et uniquement de la soit-disant violence et surtout pas du fond.

Si l'appareil du parti y gagne sûrement au change, les électeurs d'Ecolo et plus particulièrement les verviétois sont en colère. Ne pas l'entendre et tout focalisser sur la forme de la colère, c'est se tirer une balle dans le pied.

Quant à Godin, je vous laisse lire son communiqué:

"Il suffit pourtant d'avoir les yeux en face des troubles pour constater :
a) que sa torgnole publique, le co-président écolo Jean-Michel Javaux, ne l'a aucunement volée puisqu'avec la veulerie ordinaire propre à la gent politicienne, il a trahi la base des écologistes et les riverains de la Vesdre.

b) que la véhémence des rouspéteurs, éloquente en diable et quasiment ludique, n'avait rien de particulièrement brutal.
On assiste là à une laurelethardysation d'une juste colère populaire.
Non, il n'y a pas eu de dérive poujadiste.
Si dérive il y a eu, elle vient de certains médias qui, très cornichonesquement, ont pris pour argent comptant les déclarations outrées du porte-parole de Jean-Michel Javaux accusant les entarteurs d'avoir été brutaux."

Anonyme a dit…

Eh be... Encore une fois, banaliser le fond, concentrer sur la violence. Ecolo oublie vite quand ses militants en étaient, dans d'autres circonstances... Je lis même "pour un simple centre commercial". Et si je disais de certains militants qu'ils font preuve de violence face à "un simple centre de fabrication d'énergie électrique" ? Je lis même "nimby". Et bien non. Cela heurte n'importe quel urbain, qui sait que ce genre de projet condamne pour un siècle la possibilité même de repenser la ville autour d'un projet axé sur la qualité de vie. Cela accélère l'exode urbain, facilite les entrées sorties des rurbains. C'est une catastrophe. Réellement. A court terme, certains banaliseront, y voyant une entrée d'argent, le remplissage de chancres, une nouvelle étiquette. Mais à moyen terme, cela condamne la ville. Ouvrez les yeux. Si la violence est inacceptable, celle de jeter un bloc de beton sans autre analyse est une autre violence. Et quand on s'appuie sur un ministre Ecolo pour la faire passer, même obligé par une DPR (!), que cela met en porte à faux une locale (dont certains membres étaient auprès des fauteurs dénoncés...), à en démissionner, ou jeter leur carte aux orties ; quand on voit le seul parti de l'opposition de la RW se frotter les mains, car ces projets passent mieux ainsi, grâce au blanc seing d'Ecolo, cela devient écœurant. Mediacité est du même type. Et que penser des zones réservées de CHB ? Du tram politique liégeois ? Non, vraiment. Je suis déboussolé. Pourtant, j'y croyais, en Ecolo. Depuis... 30 ans.

Anonyme a dit…

Violence ? Aucune. Pure communication. Un peu dure, certes. Sans plus. On en revient au fond, scandaleux en soi ?

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